"A force de ne pas parler des choses, par élégance, on ne dit rien, et on l'a dans le cul !"

Louis Ferdinand Céline

dimanche 7 mai 2017

Jour d'élection





"Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien, n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera et le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonniers que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit."  

Octave Mirbeau, « La Grève des électeurs » , le Figaro, 1888




samedi 6 mai 2017

Samedi soir



Quand tu veux te déguiser en Zorro et que tu te loupes...



 

Natacha Polony: «Monsieur Hollande, merci pour ce quinquennat»





CHRONIQUE par Natacha Polony/Figaro 05/05/2017 - 

          Pendant ces cinq ans, tous les maux qui rongeaient la France ont progressé. Mais le monopole de l'alternative a été sciemment laissé au Front national.
Monsieur le Président de la République, vous vous apprêtez à quitter l'Élysée dans une indifférence polie. Car les Français sont polis. Ils pourraient même aller jusqu'à vous accorder leur compassion pour cette pitoyable sortie. Mais ils sont trop occupés à montrer à chaque patrouille de la brigade des mœurs idéologiques leur visa de conformité, ce vote Macron qu'il faut porter en bandoulière dans la démocratie transparente qui est désormais en marche.

Vous avez pris soin de réciter vous-même votre panégyrique, ce qui dénote une certaine lucidité de votre part, conscient que personne d'autre ne s'y risquerait. Mais vous devriez finalement vous en sortir sans trop de honte: les livres d'histoire ne pouvant se contenter du récit de l'insignifiance, les épisodes les plus emblématiques de votre quinquennat n'empliront que les archives des gazettes people. Les petites vengeances de votre compagne, par tweet ou par livre, le scooter, les croissants… cet épanchement permanent d'un petit moi, cet écoulement de l'ego trahissant votre incapacité radicale à assumer le pouvoir dans sa dimension sacrificielle. À aucun moment vous n'avez semblé comprendre ce que signifie porter les destinées d'un peuple millénaire qui a choisi l'universel comme particularisme. Ni face à la jeune Leonarda, galvanisée par sa médiatisation soudaine au point d'instrumentaliser crânement la tradition d'asile politique de la France, ni face à ces journalistes que vous avez cru manipuler pour édifier votre statuette. Ni quand vous avez laissé un premier ministre velléitaire torpiller le volontarisme politique d'Arnaud Montebourg, qui tentait de vous faire tenir votre promesse de Florange, ni quand vous avez abîmé la parole présidentielle, sur le fond et sur la forme, en trahissant autant la grammaire que vos promesses de campagne.

Mais il y eut mieux. Pendant ces cinq ans, tous les maux qui rongeaient la France ont progressé. Désindustrialisation, désertification des territoires, effondrement de pans entiers de notre économie. À votre décharge, il fallait être commentateur médiatique pour ne pas connaître votre parcours idéologique et pour s'imaginer que vous alliez remettre en cause la mécanique ravageuse qui nous impose de choisir entre endettement et destruction de notre modèle social, entre dépendance aux marchés et tiers-mondisation des modes de vie. Vous êtes de ceux qui, avec vos ennemis de la finance, feignent d'ignorer que la globalisation et le libre-échange ont, certes, atténué la pauvreté de millions d'Indiens et de Chinois, mais en ruinant les classes moyennes et populaires des pays occidentaux. Pendant qu'elles s'enrichissent, les élites progressistes font la leçon aux pauvres en leur disant que refuser la mondialisation, c'est refuser que des malheureux sortent de la misère. Et votre réponse, comme il a été dit à Whirlpool, est de leur expliquer qu'ils coûtent trop cher. Ils ne sont pas compétitifs et vous, comme votre prédécesseur, aviez promis à Angela Merkel et aux caciques de la BCE qu'ils le deviendraient à marche forcée. Parce l'ENA ne vous a pas appris autre chose.

Pendant ces cinq ans, la déstructuration de la communauté nationale s'est poursuivie dans votre silence assourdissant. Vous avez obstinément refusé de nommer la cause de plus de 230 morts en France sous votre quinquennat, laissant entendre que le combat contre l'islamisme pouvait être assimilé à une mise en accusation de l'islam. Et vous n'avez proposé qu'un débat politicien sur cette déchéance de nationalité qui vous indignait tant naguère. Vous avez été élu en 2012 sur une promesse fondamentale, celle d'apaiser la France. Un objectif ô combien nécessaire alors que les fractures se creusent et que les haines s'attisent. Mais qu'avez-vous fait d'autre que d'utiliser à votre profit politicien la dénonciation d'une part de la population supposée raciste ou réactionnaire? Qu'avez-vous fait sinon abandonner sciemment au FN le monopole de l'alternative? Les frustrations, le ressentiment, la colère, toutes les passions tristes habitent désormais une communauté nationale qui ne croit plus en sa capacité à se rassembler autrement que contre un ennemi désigné. Les Français, pourtant, aspirent à la grandeur, à l'espérance, mais également à la reconquête de l'économie par le politique, c'est-à-dire au retour de la démocratie comme expression de la souveraineté du peuple.  

Mais au sortir de cette quinzaine de l'antifascisme, au sortir d'une campagne atterrante qui n'a fait émerger aucun enjeu, ni la remise en cause du pouvoir des multinationales, ni la définition d'un modèle alternatif et durable au consumérisme béat, ni la définition d'une identité commune, qui rassemble les Français de toutes origines et de toutes confessions, acceptez malgré tout, Monsieur le Président, nos félicitations pour votre réélection.

 







jeudi 4 mai 2017

François Ruffin : « Lettre ouverte à un futur président déjà haï »




TRIBUNE de François Ruffin paru dans le Monde ce jour. 

 Monsieur Macron, je regarde votre débat, ce soir, devant ma télé, avec Marine Le Pen qui vous attaque bille en tête, vous, « le candidat de la mondialisation, de l’ubérisation, de la précarité, de la brutalité sociale, de la guerre de tous contre tous », et vous hochez la tête avec un sourire. Ça vous glisse dessus. Je vais tenter de faire mieux.
D’habitude, je joue les petits rigolos, je débarque avec des cartes d’Amiens, des chèques géants, des autocollants, des tee-shirts, bref, mon personnage. Aujourd’hui, je voudrais vous parler avec gravité. Vraiment, car l’heure me semble grave : vous êtes détesté d’emblée, avant même d’avoir mis un pied à l’Elysée.
Lundi 1er mai, au matin, j’étais à la braderie du quartier Saint-Maurice, à Amiens, l’après-midi à celle de Longueau, distribuant mon tract de candidat, j’ai discuté avec des centaines de personnes, et ça se respire dans l’air : vous êtes haï. Ça m’a frappé, vraiment, impressionné, stupéfait : vous êtes haï. C’était pareil la veille au circuit moto-cross de Flixecourt, à l’intuition, comme ça, dans les discussions : vous êtes haï. Ça confirme mon sentiment, lors de mes échanges quotidiens chez les Whirlpool : vous êtes haï. Vous êtes haï par « les sans-droits, les oubliés, les sans-grade » que vous citez dans votre discours, singeant un peu Jean-Luc Mélenchon. Vous êtes haï, tant ils ressentent en vous, et à raison, l’élite arrogante (je ne vais pas retracer votre CV ici).
Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï. Je vous le martèle parce que, avec votre cour, avec votre campagne, avec la bourgeoisie qui vous entoure, vous êtes frappé de surdité sociale. Vous n’entendez pas le grondement : votre heure, houleuse, sur le parking des Whirlpool, n’était qu’un avant-goût. C’est un fossé de classe qui, face à vous, se creuse. 

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