"A force de ne pas parler des choses, par élégance, on ne dit rien, et on l'a dans le cul !"

Louis Ferdinand Céline
Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles

vendredi 4 février 2011

Levons (momentanément) le nez du guidon


Histoire de ne pas oublier que Bihorel n’est pas le centre du monde (c’est la gare de Perpignan) et que bien d’autres périls, en dehors de la fusion , nous menacent, voici le lien qui vous mènera vers l’émission "ce soir ou jamais" de Frédéric Taddeï du jeudi 3 février 2011.
Les invités : Marie-France Garaud, J.P. Chevènement et Jean Raspail à l’occasion de la énième réédition du « Camp des Saints », roman qui serait impubliable aujourd’hui suite aux lois Gayssot (1990), Lellouche (2001) et Perben (2004). Il n'y a pas qu'à Bihorel que la liberté d'expression soit en régression.
« Le Camp des Saints » est un roman d’anticipation écrit en 1973 que la réalité de ce début de 21ème  siècle est en passe de rattraper.
Jean Raspail a toujours affirmé que ce récit lui avait été « inspiré ».
CD

mardi 25 janvier 2011

Louis Ferdinand Céline


"Plus on est haï, je trouve, plus on est tranquille... Ca simplifie beaucoup les choses, c’est plus la peine d’être poli, je ne tiens pas du tout à être aimé..."


Louis Ferdinand Céline.

lundi 20 décembre 2010

Jacqueline de Romilly nous a quitté.


"Je ne suis pas très optimiste, ni pour les chères langues anciennes, ni pour la française, d'ailleurs, ni pour les humanités en général et, puis, guère plus pour l'avenir de notre civilisation. S'il n'y a pas un sursaut, nous allons vers une catastrophe et nous entrerons dans une ère de barbarie. Il y a un désintérêt et même un dédain pour la Raison et les Lumières"
Jacqueline de Romilly

vendredi 10 décembre 2010

Catastrophe, il neige en décembre!

Des catastrophes par Philippe Muray (tiré de "Après l'Histoire")

"Quand il ne fait pas de ski à travers Paris, Homo Festivus va se promener en moyenne montagne avec ses raquettes ; et déclenche une coulée de neige qui, dans un bruit de cauchemar, dégringole pour l’engloutir. Ou bien il participe, dans un petit port de pêche quelconque, à une Fête de la mer qui se termine en naufrage. Lorsque ce n’est pas son camping qui se retrouve noyé sous un torrent de boue. 
Toutes ces horreurs n’ont rien de drôle. Mais ce qui est singulier, c’est l’air de stupéfaction infinie, c’est l’expression de douloureuse surprise d’Homo festivus chaque fois que la Nature lui joue un de ses tours. La montagne serait méchante ? L’océan dangereux ? Les rivières peuvent grossir jusqu'à devenir des fleuves mortels ? Même la recherche systématique des responsabilités, les mises en examen, la traque des coupables, ne consoleront jamais Homo festivus de ce genre de trahison. Il n’y a qu’à voir, chaque hiver, lors de l’habituelle « vague de froid », qui se débrouille en général pour coïncider avec les vacances de février, tous ces gens bloqués sur les autoroutes, naufragés, coincés dans les trains arrêtés, et stigmatisant la négligence des autorités, pour comprendre qu’en fait, derrière toutes ces accusations, c’est la pensée magique qui est de retour, avec l’ère hyperfestive, même si les termes dans lesquels elle s’exprime ont un peu changé. On ne danse plus pour faire tomber la pluie ou la convaincre de cesser, mais on cherche les responsables s’il y a du verglas ; et on les lyncherait volontiers si on les avait sous la main. 
Depuis que le concret n’existe plus, les décors naturels, devenus terrains de jeux, se sont rapprochés vertigineusement des Idées platoniciennes. On exige d’eux, en plus, la même transparence que des affaires de l’état et de la vie privée des vedettes en vue. Homo festivus croit dur comme fer que la montagne ou l’océan sont synonymes du mot bonheur ; qu’ils n’ont été inventés que pour servir d’écrin à la perfection de son divertissement. Le moindre accident, dans ces conditions, devient un scandale ; et un coup de canif dans le contrat festif. Que la montagne ou la mer rappellent, de temps en temps, leur existence indépendante de la vision hyperfestive est une sorte de crime. Comme tous les enfants, Homo festivus prend son désir pour une réalité qui n’existe plus. Il ne veut pas envisager que la Nature puisse être tortueuse, vicieuse, compliquée. Sa puérile religion est censée l’assurer contre le hasard et les accidents, ces résurgences d’Ancien Régime, ces spectres d’un temps où l’on n’avait pas encore inventé le risque zéro."
 Paris, février 1998

mercredi 1 décembre 2010

Les non-handicapés

Mes chers amis,
C’est avant tout en tant que président de l’association des non-handicapés de France que je m’adresse à vous ce soir.
C’est vers vous, les non-vieux, les non-jeunes, les non-chômeurs, les non-femmes, les non-affamés, les non-émigrés, les non-homosexuels, les non-infirmes, les non-mongoliens, c’est vers vous que vont ce soir toutes mes pensées.
Nous formons dans ce pays, mes chers amis, une minorité, certes, mais cette minorité, comme les autres minorités, a le droit de se faire entendre. Et pour cela, nous devons nous unir, et montrer au monde que nous existons. Avec nos différences, certes – mais ces différences, les autres doivent, au nom de la solidarité nationale, les reconnaître et les accepter.
Nous sommes des hommes comme les autres.
Nous ne gênons personne en allant travailler la tête haute, sans canne blanche ni béquilles. Si la nature nous pousse à avoir des rapports intimes avec des personnes du sexe opposé au nôtre, en quoi cette singularité dérangerait-elle le bourgeois ?
Nous devons dénoncer le racisme dont nous sommes de plus en plus souvent les victimes. Pas plus tard qu’hier, mon fils, qui vient d’avoir sept ans, est rentré de l’école en larmes:
« Papa, qu’est-ce que c’est qu’un Blanc ? »
Je dois dire que je ne m’attendais pas à cette question si tôt. Je savais bien qu’un jour ou l’autre nous devrions en passer par là. Mais pas si tôt. J’étais désemparé.
« Pourquoi me demandes-tu cela, mon garçon ? ai-je demandé en le prenant sur mes genoux pour le consoler.
- A l’école, les autres se sont moqués de moi. Ils m’ont montré du doigt en criant : « Ah le blanc – eee Ah le blanc – eee. » C’est quoi, Papa, un Blanc ?
- Un Blanc, c’est... c’est un homme comme un autre.
- Alors pourquoi les autres ils se moquent ?
- Ils ont tort. Vois-tu, nous avons nos coutumes, notre religion, qui ne sont pas tout à fait les mêmes que les leurs. Nous portons des pantalons, nous mangeons avec des fourchettes. Nous buvons du vin, et c’est vrai qu’il y a dans le vin comme un goût primitif qu’on ne retrouve pas dans l’eau, cela peut surprendre, mais tu ne dois en aucun cas, mon enfant, en avoir honte. Nous sommes blancs, descendants des Gaulois et des Francs ? Et alors ? Les raisons de nous en féliciter ne manquent pas. Le franc est stable et jamais les Gaulois n’ont donné la gale aux romaines. Nos charolais sont laids, mais nos bordelaises sont girondes. L’Alsace nous a donné ses ballons, Sophia nous a donné la Lorraine. Nous ancêtres du Berry nous ont donné le béret, et nos ancêtres basques les baskets. L’art blanc existe autant que l’art fumé. La Joconde, Versailles, Le Cid, les jeu des 1000 francs, c’est nous, la bombe H et le mistral gagnant, c’est nous. Austerlitz, c’est nous, Auschwitz, c’est... c’est loin, nous sommes blancs et nous devons assumer notre blanchitude.
- Mais pourquoi on est blanc, Papa ?
- C’est naturel. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi. D’ailleurs, l’été, nous ne sommes plus très blancs. Il nous suffit d’aller au soleil et de ne plus bouger. C’est chiant mais ça banalise.
- Oui mais eux, ils ont du pot, ils ont même pas besoin d’aller au soleil.
- C’est un autre problème. C’est parce qu’ils n’ont pas les moyens. Ils gaspillent tout leur argent en nourriture. Vois-tu mon chéri, nous ne sommes pas tellement à plaindre. »
J’ai réussi à consoler cet enfant. Mais combien de temps encore devrons-nous subir les humiliations des minorités handicapés de ce pays ?
L’affaire Jean Dupont a certes secoué les torpeurs et ému les esprits. Mais il a fallu ce drame pour que le gouvernement vote enfin le décret de reconnaissance publique de l’association des non-handicapés de France.
Les faits sont connus de tous, mais nous le répéterons une fois de plus, à l’intention du grand rabbin nègre, non-comprenant, de l’association pour le racisme et contre l’antisémitisme, qui a tenu à être des nôtres ce soir pour montrer qu’à ses yeux nous étions des français à part entière.
Lors des derniers Jeux olympiques pour handicapés, la finale du 400 mètres-haie mettait aux prises une équipe de 30 chômeurs émigrés, cancéreux, non-voyants, à la colonne vertébrale brisée à tout jamais et un non-handicapé de 40 ans, monsieur jean Dupont, auvergnat, hétéro et cadre. Ce dernier arriva le premier avec 39 heures 12 minutes et 6 secondes d’avance sur le second. Par la suite, Jean Dupont devait reconnaître qu’il avait été distrait et qu’il était fatigué le jour de la compétition. C’est cette distraction qui lui a fait oublier qu’en pareil cas le non-handicapé doit attendre les handicapés. De même qu’à l’école les surdoués doivent attendre que les tri-chromosomiques aient compris 1 et 1 = 2 avant de passer, le mois suivant, à 2 et 1 = 3.
Mais cela n’excuse en rien que, de retour aux vestiaires, les « chômeurs émigrés cancéreux non-voyants à la colonne vertébrale brisée à tout jamais » aient roué de coup le malheureux à coup de canne blanche, avant de lui rouler sur le corps jusqu’à ce que mort s’ensuive, en chantant la chanson pour l’Ethiopie.
N’ayons pas peur des mots, mes amis : c’est une attitude qui est contraire à l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme. Jean-Marie Le Pen ne me contredira pas sur ce point : c’est bien ce qui m’emmerde.


Pierre Desproges, Chroniques de la haine ordinaire, 24 avril 1986

lundi 1 novembre 2010

Chateaubriand

L'automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j'entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes ; tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.
Le jour, je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de chose à ma rêverie ! Une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire s'élevant au loin dans la vallée a souvent attiré mes regards ; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait ; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : " Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. "
 Chateaubriand

mardi 19 octobre 2010

Cette nouvelle tribu de gens qui votent démocrate

"Il y a quelques années Vivian avait vendu à deux couples de hippies une jolie fermette sur la route. Vivian m'avait alors dit que ce n'était sûrement pas des hippies à l'ancienne, car ils avaient payé la ferme en liquide et l'un des couples possédait une Volvo flambant neuve. Toujours est-il que les deux hommes portaient volontiers des fringues en cuir, et les femmes des robes paysannes à volants pour préparer beaucoup de pâtisseries qui n'étaient pas très bonnes. L'une de ces femmes, une certaine Deborah, m'a déclaré que de toute évidence j'avais besoin de manger davantage de lin. Très vite, les hommes se sont mis à porter des salopettes. Ils ont acheter un tracteur qu'ils conduisaient de-ci de-là sans but apparent. Ils élevaient une centaine de poulets pour leur chair et leurs œufs, mais n'avaient pas le courage d'en tuer un afin de le manger. (...) J'ai attrapé un veau pour que la hippie puisse le caresser. Elle a fondu en larmes à cause de la beauté de cette bête. Aucun d'entre eux ne semblait connaître quoi que ce soit à rien mais ils étaient pleins de bonnes intentions. Un dimanche, nous sommes allés chez eux pour nous régaler d'un pique-nique de poulets carbonisés. Il y avait là un grand nombre de leurs amis venus du sud de l'état. La plupart des voitures étaient plutôt tape-à-l'œil. Tous ces gens parlaient comme s'ils étaient les êtres les plus fascinants de la planète, mais je n'ai pas surpris la moindre conversation intéressante. Ils faisaient partie de cette nouvelle tribu de gens qui votent démocrate, mais qui ne connaissent apparemment aucun travailleur. Ils ne frayaient qu'entre eux. Un automne, à l'approche des habituelles rigueurs de l'hiver, les deux couples ont déménagé pour s'installer à Maui dans les îles hawaiiennes. Ils ont été très déçus quand nous avons refusé de récupérer leurs vieux poulets ou de racheter leur tracteur."


Jim Harrison, Une Odyssée américaine

jeudi 14 octobre 2010

« Le sourire à visage humain », un portrait de Ségolène Royale signé Philippe Muray


Le sourire à visage humain, 
Notre époque ne produit pas que des terreurs innommables, prises d’otages à la chaîne, réchauffement de la planète, massacres de masse, enlèvements, épidémies inconnues, attentats géants, femmes battues, opérations suicide. Elle a aussi inventé le sourire de Ségolène Royal. C’est un spectacle de science-fiction que de le voir flotter en triomphe, les soirs électoraux, chaque fois que la gauche, par la grâce des bien-votants, se trouve rétablie dans sa légitimité transcendantale. On en reste longtemps halluciné, comme Alice devant le sourire en lévitation du Chat de Chester quand le Chat lui-même s’est volatilisé et que seul son sourire demeure suspendu entre les branches d’un arbre.
On tourne autour, on cherche derrière, il n’y a plus personne, il n’y a jamais eu personne. Il n’y a que ce sourire qui boit du petit-lait, très au-dessus des affaires du temps, indivisé en lui-même, autosuffisant, autosatisfait, imprononçable comme Dieu, mais vers qui tous se pressent et se presseront de plus en plus comme vers la fin suprême.
C’est un sourire qui descend du socialisme à la façon dont l’homme descend du cœlacanthe, mais qui monte aussi dans une spirale de mystère vers un état inconnu de l’avenir où il nous attend pour nous consoler de ne plus ressembler à rien.
C’est un sourire tutélaire et symbiotique. Un sourire en forme de giron. C’est le sourire de toutes les mères et la Mère de tous les sourires.
Quiconque y a été sensible une seule fois ne sera plus jamais pareil à lui-même.
Comment dresser le portrait d’un sourire ? Comment tirer le portrait d’un sourire, surtout quand il vous flanque une peur bleue ? Comment faire le portrait d’un sourire qui vous fait mal partout chaque fois que vous l’entrevoyez, mal aux gencives, mal aux cheveux, aux dents et aux doigts de pieds, en tout cas aux miens ?
Comment parler d’un sourire de bois que je n’aimerais pas rencontrer au coin d’un bois par une nuit sans lune ?
Comment chanter ce sourire seul, sans les maxillaires qui devraient aller avec, ni les yeux qui plissent, ni les joues ni rien, ce sourire à part et souverain, aussi sourd qu’aveugle mais à haut potentiel présidentiel et qui dispose d’un socle électoral particulièrement solide comme cela n’a pas échappé aux commentateurs qui ne laissent jamais rien échapper de ce qu’ils croient être capables de commenter ?
C’est un sourire qui a déjà écrasé bien des ennemis du genre humain sous son talon de fer (le talon de fer d’un sourire ? la métaphore est éprouvante, j’en conviens, mais la chose ne l’est pas moins) : le bizutage par exemple, et le racket à l’école. Ainsi que l’utilisation marchande et dégradante du corps féminin dans la publicité.
Il a libéré le Poitou-Charentes en l’arrachant aux mains des Barbares. Il a lutté contre la pornographie à la télé ou contre le string au lycée. Et pour la cause des femmes. En reprenant cette question par le petit bout du biberon, ce qui était d’ailleurs la seule manière rationnelle de la reprendre ; et de la conclure par son commencement qui est aussi sa fin.
On lui doit également la défense de l’appellation d’origine du chabichou et du label des vaches parthenaises. Ainsi que la loi sur l’autorité parentale, le livret de paternité et le congé du même nom. Sans oublier la réforme de l’accouchement sous X, la défense des services publics de proximité et des écoles rurales, la mise en place d’un numéro SOS Violences et la promotion de structures-passerelles entre crèche et maternelle.
C’est un sourire près de chez vous, un sourire qui n’hésite pas à descendre dans la rue et à se mêler aux gens. Vous pouvez aussi bien le retrouver, un jour ou l’autre, dans la cour de votre immeuble, en train de traquer de son rayon bleu des encoignures suspectes de vie quotidienne et de balayer des résidus de stéréotypes sexistes, de poncifs machistes ou de clichés anti-féministes. C’est un sourire qui parle tout seul. En tendant l’oreille, vous percevez la rumeur sourde qui en émane et répète sans se lasser : « Formation, éducation, culture, aménagement du territoire, émancipation, protection, développement durable, agriculture, forums participatifs, maternité, imaginer Poitou-Charentes autrement, imaginer la France autrement, imaginer autrement autrement. »
Apprenez cela par cœur, je vous en prie, vous gagnerez du temps.
Je souris partout est le slogan caché de ce sourire et aussi son programme de gouvernement. C’est un sourire de nettoyage et d’épuration. Il se dévoue pour en terminer avec le Jugement Terminal. Il prend tout sur lui, christiquement ou plutôt ségolènement. C’est le Dalaï Mama du III e millénaire. L’Axe du Bien lui passe par le travers des commissures. Le bien ordinaire comme le Souverain Bien. C’est un sourire de lessivage et de rinçage. Et de rédemption. Ce n’est pas le sourire du Bien, c’est le sourire de l’abolition de la dualité tuante et humaine entre Bien et Mal, de laquelle sont issus tous nos malheurs, tous nos bonheurs, tous nos événements, toutes nos vicissitudes et toutes nos inventions, c’est-à-dire toute l’Histoire. C’est le sourire que l’époque attendait, et qui dépasse haut la dent l’opposition de la droite et de la gauche, aussi bien que les hauts et les bas de l’ancienne politique.
Un sourire a-t-il d’ailleurs un haut et un bas ? Ce ne serait pas démocratique. Pas davantage que la hiérarchie du paradis et de l’enfer. C’est un sourire qui en finit avec ces vieilles divisions et qui vous aidera à en finir aussi. De futiles observateurs lui prédisent les ors de l’Élysée ou au moins les dorures de Matignon alors que l’affaire se situe bien au-delà encore, dans un avenir où le problème du chaos du monde sera réglé par la mise en crèche de tout le monde, et les anciens déchirements de la société emballés dans des kilomètres de layette inusable.
Quant à la part maudite, elle aura le droit de s’exprimer, bien sûr, mais seulement aux heures de récréation. Car c’est un sourire qui sait, même s’il ne le sait pas, que l’humanité est parvenue à un stade si grave, si terrible de son évolution qu’on ne peut plus rien faire pour elle sinon la renvoyer globalement et définitivement à la maternelle.
C’est un sourire de salut public, comme il y a des gouvernements du même nom.
C’est évidemment le contraire d’un rire. Ce sourire-là n’a jamais ri et ne rira jamais, il n’est pas là pour ça. Ce n’est pas le sourire de la joie, c’est celui qui se lève après la fin du deuil de tout.
Les thanatopracteurs l’imitent très bien quand ils font la toilette d’un cher disparu. »
Philippe Muray, 2004


ps: la semaine prochaine, mise en ligne du poème de P. Muray intitulé"Tombeau pour une touriste innocente"

jeudi 25 mars 2010

Guillotine médiatique

Dessin paru dans Marianne

Par Renaud Camus
M. Éric Zemmour est pour notre peuple une des dernières voix audibles dont les propos ont quelque rapport avec ce qu'il observe quotidiennement et ce qu'il éprouve jour après jour. Que les puissances de la répression médiatique parviennent à le faire taire après tant d'autres, quelques-uns des tout derniers liens seront tranchés entre ce qui survient et ce qui se dit, entre l'expérience et la parole, entre la réalité physique et sensible des jours, d'une part, et l'endoctrinement permanent d'autre part : on entrera sans restriction dans la fiction totale et dans le monde imaginaire que fomentent de toutes leurs forces les champions d'une humanité nouvelle elle-même imaginaire. Le seul critère à retenir pour juger des propos de M. Éric Zemmour, ce n'est pas de se demander s'ils sont conformes ou non à la formidable vulgate de l'anti-racisme dogmatique, mais de se poser cette question simple et de partout chassée : sont-ils vrais ou ne le sont-ils pas ?
Paris, samedi 20 mars 2010

dimanche 21 février 2010

Un Expert exigeant

Par Raymond Dumay

Comme j'interrogeais un expert sur un Morgon qui "morgonnait" avec tant d'exubérance que je ne savais plus à quel plat me vouer, je m'entendis conseiller: "Avec ça, il faudrait servir un comice agricole dans le Charollais. Ou alors une fricassée de cochon".
Puis, comme ces grands médecins dont le laconisme n'est pas toujours interprété avec exactitude, il ajouta, douloureux et appliqué: "Naturellement, je parle d'une fricassée de novembre, à neuf heure du matin, avec un peu de brouillard sur la Saône".

Ce seul exemple suffit à montrer qu'un connaisseur en vins possède les vertus de l'artiste: un sens cosmique de la situation d'ensemble et le souci du détail. Il est comme ces peintres qui couvrent les murs d'un palais avec une bataille navale et finissent leur journée avec un portrait d'enfant ou deux pommes sur une assiette. Ajouter un don de voyance, car comprendre le vin c'est prévoir son avenir.
L'accord entre les vins et les plats marque le passage de l'artisanat à l'art, du métier à l'inspiration. Il ouvre la porte au risque, à l'aventure. Tout peut se faire et pourtant on ne peut pas faire n'importe quoi. Nous sommes ici dans le domaine ténébreux de l'amour et il faut savoir jusqu'où l'on peut aller trop loin.

Raymond Dumay, le Guide du Vin, 1967

samedi 30 janvier 2010

Poésie (2)

Poularde Marguerite de Savoie


Faire rissoler pendant cinq minutes dix alouettes dans du beurre brûlant.
Leur ajouter une belle truffe blanche, détaillée en copeaux ; couvrir hermétiquement la casserole et la retirer du feu.
Introduire ensuite alouettes et truffe, pendant qu’elles sont chaudes encore, dans une belle poularde, braiser celle-ci avec moitié fonds de veau, moitié vin blanc de Savoie.
D’autre part; préparer une polenta au lait : l’étaler sur une plaque, en couche de deux centimètres d’épaisseur et laisser refroidir. Détailler ensuite avec un emporte-pièce rond de quatre centimètres de diamètre.
Quelques instants avant de servir, passer ces ronds de polenta dans de la farine; les colorer au beurre clarifié. Les saupoudrer ensuite de Parmesan râpé et les glacer vivement.
Dresser la poularde sur un tampon très bas, en pain frit ; l’entourer avec les ronds de polenta glacés: saucer le fond du plat avec un peu du fond de braisage, lié à l’arrow-root, et envoyer le reste dans une saucière.

- Servir en même temps un légumier de truffes blanches du Piémont, émincées, sautées au beurre et arrosées de quelques cuillerées de glace de viande fondue.

Auguste Escoffier, le Guide Culinaire, Paris 1902

lundi 4 janvier 2010

Albert Camus

"Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse."

Albert Camus, extrait du discours de Stockholm (10 décembre 1957)

dimanche 20 décembre 2009

La patrie trahie par la République

Texte paru dans le Figaro du 17 juin 2004
Débats & Opinions
«Qu'est-ce qu'être français aujourd'hui ?» Une série du «Figaro»
La patrie trahie par la République
PAR JEAN RASPAIL*

J'ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence d'un colis piégé. Difficile de l'aborder de front sans qu'il vous explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C'est pourtant l'interrogation capitale. J'ai hésité. D'autant plus qu'en 1973, en publiant Le Camp des saints, j'ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je n'ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont cuites.
Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu'«ils sont chez eux chez moi» (Mitterrand), au sein d'une «Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes» (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu'au basculement définitif des années 2050 qui verra les «Français de souche» se compter seulement la moitié - la plus âgée - de la population du pays, le reste étant composé d'Africains, Maghrébins ou Noirs et d'Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l'islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer(1).
La France n'est pas seule concernée. Toute l'Europe marche à la mort. Les avertissements ne manquent pas - rapport de l'ONU (qui s'en réjouit), travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier, notamment -, mais ils sont systématiquement occultés et l'Ined pousse à la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des gouvernements et des institutions communautaires sur le krach démographique de l'Europe des Quinze est l'un des phénomènes les plus sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l'incurie des «gouvernances» et qu'il lui faudra affronter dans son âge d'homme...
Sans compter que les «Français de souche», matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l'homme, de «l'accueil à l'autre», du «partage» cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites «antiracistes», conditionnés dès la petite enfance au «métissage» culturel et comportemental, aux impératifs de la «France plurielle» et à toutes les dérives de l'antique charité chrétienne, n'auront plus d'autre ressource que de baisser les frais et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule «citoyen» du Français de 2050. Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu'on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français - et pas nécessairement tous de race blanche - qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s'obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu'elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.
Face aux différentes «communautés» qu'on voit se former dès aujourd'hui sur les ruines de l'intégration (ou plutôt sur son inversion progressive: c'est nous qu'on intègre à «l'autre», à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s'agira en quelque sorte - je cherche un terme approprié - d'une communauté de la pérennité française. Celle-ci s'appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore.
Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l'autre. Quelque chose comme l'élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés. Et ensuite?
Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des bernard-l'ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d'une espèce à jamais disparue qui s'appelait l'espèce française et n'annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé.
Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu'en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat, c'est que les derniers isolats résistent jusqu'à s'engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l'espagnole mais s'inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n'est pas moi qui m'en chargerai, j'ai déjà donné. Son auteur n'est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j'en suis sûr...
Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c'est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d'hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n'ose dire cyniquement, à l'immolation d'une certaine France (évitons le qualificatif d'éternelle qui révulse les belles consciences) sur l'autel de l'humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l'Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces «intelligents» qui jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l'organisme encore sain de la nation française.
Même si je peux, à la limite, les créditer d'une part de sincérité, il m'arrive d'avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication: ils confondent la France avec la République. Les «valeurs républicaines» se déclinent à l'infini, on le sait jusqu'à la satiété, mais sans jamais de référence à la France. Or la France est d'abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n'est qu'une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d'idéologie, idéologie avec un grand «I», l'idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu'ils trahissent la première pour la seconde.
Parmi le flot de références que j'accumule en épais dossiers à l'appui de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien l'étendue des dégâts. Elle est extraite d'un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003: «Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d'une jeune Française issue de l'immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République...»
Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure: «Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d'êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie.» (Président Boumediene, mars 1974.)
Et celle-là, tirée du XXe chant de l'Apocalypse: «Le temps des mille ans s'achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée.»

*Ecrivain, romancier.
(1)Le délicat iman de Vénissieux, en vertu du jus soli, a engendré à lui seul seize petits citoyens français

dimanche 15 novembre 2009

Identité Nationale

"Je m’insurge contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme et des attitudes normales, légitimes même, en tout cas inévitable. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d'individus l'effet nécessaire d'un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé l’attitude d’individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs. Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de la penser au-dessus de toutes les autres et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. Si comme je l'ai écrit ailleurs, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi : elles ne s’ignorent pas, s’empruntent à l’occasion, mais pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports persiste entre elles une certaine imperméabilité."

Claude Lévi-Strauss - Le Regard éloigné

jeudi 3 septembre 2009

Dèjà plus là bas. Pas encore ici.

" C’est une singulière destinée que celle du voyageur : il sème partout des affections, des souvenirs, des regrets : il ne quitte jamais un rivage sans le désir et l’espérance d’y revenir retrouver ceux qu’il ne connaissait pas quelques jours auparavant. Quand il arrive, tout lui est indifférent sur la terre où il promène sa vue : quand il part, il sent que des yeux et des cœurs le suivent de ce rivage qu’il voit s’enfuir derrière lui. Il y attache lui-même ses regards ; il y laisse quelque chose de son propre cœur ; puis le vent l’emporte vers un autre horizon où les mêmes scènes, où les mêmes impressions vont se renouveler pour lui. Voyager, c’est multiplier, par l’arrivée et le départ, par le plaisir et les adieux, les impressions que les événements d’une vie sédentaire ne donnent qu’à de rares intervalles ; c’est éprouver cent fois dans l’année un peu de ce qu’on éprouve dans la vie ordinaire à connaître, à aimer, et à perdre des êtres jetés sur notre route par la Providence. "

Alphonse de Lamartine, 3 septembre 1832, Voyage en Orient

lundi 27 juillet 2009

Poésie

Mousseline de Pigeonneaux à l'Epicurienne

Désosser les pigeonneaux en réservant quelques filets qui seront sautés au beurre au moment du dressage des Mousselines et tenus vert-cuits.
Avec la chair obtenue, préparer une farce Mousseline. Mouler les Mousselines en les faisant moitié moins grosses que celles de volaille et les pocher. Les égoutter au moment; les dresser en couronne et placer sur chacune une escalope de filet. Les napper d'un fumet tiré des carcasses, lié avec quelques cuillerées de Velouté; disposer au milieu une garniture de petits pois aux laitues.

Auguste Escoffier, le Guide Culinaire, Paris 1902