« Cette couche de vernis civilisationnel, qui avait été patiemment déposée au fil des siècles, s’est fissurée au cours des dernières décennies. Ce phénomène psychologique et anthropologique trouve notamment son origine dans ce que l’on pourrait appeler la “sacralisation absolue du moi”, qui a abouti à la modification de la psyché collective.
La façon d’élever les enfants a, par exemple, considérablement évolué par rapport aux années 1950-1960, avec l’avènement de l’“enfant-roi”, placé au centre de la sphère familiale. Du fait d’une éducation moins contraignante et moins stricte, on installe très tôt dans l’esprit des individus l’idée qu’ils sont uniques et qu’ils ont de nombreux droits, ce qui introduit souvent une rupture de l’équilibre entre droits et devoirs et génère une moindre capacité psychologique à se conformer aux règles et aux interdits et à accepter les différents cadres d’autorité. Ainsi formaté psychiquement selon la matrice de l’enfant-roi, l’individu contemporain va ensuite évoluer à l’adolescence puis à l’âge adulte dans la société de consommation, qui a pour leitmotiv la satisfaction et la valorisation du “client-roi”, comme l’illustre le célèbre slogan de L’Oréal : “Parce que vous le valez bien”, martelé par la marque en France depuis 1997... »
Jérôme Fourquet, "La France d’après", Le Seuil, 2023.
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