"A force de ne pas parler des choses, par élégance, on ne dit rien, et on l'a dans le cul !"

Louis Ferdinand Céline

mardi 12 mai 2015

Alain Finkielkraut : «La réforme du collège n'est pas progressiste, elle est destructrice»




INTERVIEW - Le philosophe, qui a toujours placé l'école et la transmission au cœur de sa réflexion, s'est plongé dans la réforme des programmes de Najat Vallaud-Belkacem avant de répondre à nos questions.

LE FIGARO.- Au sujet de la réforme du collège, Najat Vallaud-Belkacem a affirmé dans Le Point : «il y a une différence essentielle entre les progressistes et les conservateurs. Les premiers combattent les inégalités quand les seconds en théorisent la nécessité». La réforme qu'elle promeut est-elle selon vous conservatrice ou progressiste ?
 
Alain FINKIELKRAUT.- Il n'appartient pas à l'école républicaine de combattre toutes les inégalités, mais d'assurer, autant que faire se peut, l'égalité des chances pour donner à chacun sa juste place selon ses aptitudes et son mérite. Mais il ne s'agit plus de cela: c'est au scandale ontologique d'un partage inégal de la pensée entre les hommes que s'attaque, depuis quelques décennies, l'Éducation nationale. Confondant l'ordre de l'esprit, où prévaut la hiérarchie la plus stricte, et l'ordre de la charité, où règne l'amour universel, elle promet la réussite pour tous et rabaisse continuellement le niveau d'exigence afin de ne pas déroger à son serment. Les sociologues lui ayant de surcroît révélé que les «héritiers» avaient accès par droit de naissance à la culture que l'école a pour mission de transmettre au plus grand nombre, l'institution a pris le taureau par les cornes et décidé de mettre l'essentiel de cette culture au rebut. L'école est devenue la nuit du 4 Août permanente de ce que Malraux appelait «l'héritage de la noblesse du monde».
Voici, une fois cet héritage liquidé, la liste d'objectifs assignés aux classes de français de 4e et de 3e: «se chercher, se cons-truire» ; «vivre en société, participer à la société» ; «regarder le monde, inventer des mondes» ; «agir sur le monde».
La culture générale est détrônée par une culture commune faite de tout ce dont le jeune a besoin pour s'orienter dans son environnement. Et François Dubet, l'un des initiateurs de ce remplacement, prévient: «On ne peut concevoir que certains élèves aient plus de culture commune que d'autres.»La réforme proposée par Najat Vallaud-Belkacem, qui accélère un processus engagé bien avant elle, n'est ni conservatrice hélas - qu'est-ce qu'enseigner sinon transmettre ce qui mérite d'être conservé?- ni progressiste, mais destructrice. Sa fureur anti-élitiste déloge, une fois pour toutes, la République de l'école qui porte encore son nom.

Au sujet du latin, notre ministre assure que la réforme va contribuer à «démocratiser cet enseignement»…
 
«Démocratiser» est en train de devenir un synonyme d'«anéantir». Intégrer comme l'écrit Cécilia Suzzoni, «l'enseignement des langues anciennes dans les enseignements pratiques interdisciplinaires au prétexte de familiariser les collégiens avec des expressions grecques ou latines est une triste caricature». Les langues mortes et les humanités en général sont un fardeau inutile pour notre hypermodernité numérique et niveleuse. On ne va tout de même pas faire ingurgiter les derniers reliefs d'un enseignement de classe à nos «digital natives» si merveilleusement égaux devant leurs téléphones portables et leurs écrans d'ordinateurs.

L'interdisciplinarité a pour objet d'apprendre aux élèves à «mener ensemble des projets». Les disciplines appartiennent-elles au passé ?
 
Ce ne sont pas les disciplines qui appartiennent au passé, c'est le passé qui appartient aux disciplines. C'est à l'histoire, à la littérature, à la philosophie, aux matières scientifiques qu'il incombe de donner corps à ce droit fondamental de l'homme souligné par Ortega y Gasset: le droit à la continuité. L'interdisciplinarité fait tout le contraire. Elle néglige le besoin vital du passé et va au plus facile: les sujets d'actualité. Au lieu d'enseigner le goût des belles choses, elle suit, docilement, le goût du jour. La télévision a donné en exemple deux professeurs d'histoire et d'espagnol invitant ensemble leur classe à rédiger un tract sur les vertus du développement durable. Là où il y avait les œuvres, il y a maintenant les tracts. Mais on aurait tort de s'inquiéter: c'est pour la bonne cause.

Cette réforme est critiquée pour son aspect «jargonnant». Que révèle, selon vous, cette novlangue que l'on retrouve dans les rapports administratifs, l'école, la politique et les médias ?
 
«Plus c'est savant, plus c'est bête», disait Gombrowicz du formalisme ultrasophistiqué de la théorie littéraire. Je dirai à mon tour du pédagogisme: «Plus ça fait le vide, plus ça prend l'air savant.» Le néant s'habille en jargon. Les éradicateurs de la culture se donnent, par l'apparence de la scientificité, l'illusion d'être des chercheurs.

Faut-il maintenir les classes «bilangues» ?
 
Charles Renouvier, le philosophe de la République s'élevait contre ces bourgeois, «peu amis de l'égalité» * qui cherchaient à pousser leur progéniture dans des positions que celle-ci ne pouvait pas toujours tenir. C'est pourquoi, disait-il en substance, l'État doit instaurer, sans complaisance ni relâchement, une forme de sélection. Sans faiblesse ni relâchement, l'État post-républicain combat la sélection comme un vestige particulièrement vicieux de l'Ancien Régime. Il supprime donc les ultimes bastions de l'excellence qu'étaient les classes «bilangues».

Les programmes d'histoire conservent l'étude obligatoire de l'islam quand celles de la chrétienté médiévale et des Lumières deviendront facultatives. Que vous inspire ce choix ?
 
Il ne s'agit pas simplement d'imposer l'étude de l'islam, mais de lutter contre «l'islamophobie», à travers une présentation embellissante de la religion et de la civilisation musulmanes. Convaincus, avec Emmanuel Todd, que Mahomet est «le personnage central d'un groupe faible et discriminé» et que le vivre-ensemble passe par le redressement de l'image de ce groupe dans l'esprit des autres Français, nos gouvernants proposent, en guise de formation, un endoctrinement aussi précoce que possible des élèves. On ne veut plus les instruire, mais les édifier afin de les rendre meilleurs. Le reste - l'essor des villes, l'éducation au Moyen Âge ou la pensée humaniste - est facultatif.

L'accent est mis aussi sur les périodes sombres de l'histoire de France. Comment aimer et faire aimer un pays toujours coupable ?
 
Les nouveaux programmes ne se préoccupent absolument pas de faire aimer la France. Ils appliquent à la lettre le dogme de la critique sociale: le mal dans le monde résulte de l'oppression ; c'est l'inégalité qui est la source de toute violence. Le fanatisme islamique, autrement dit, est le produit de la malfaisance coloniale et de sa continuation postcoloniale. Si l'on aborde l'histoire du XVIIIe et du XIXe siècle sous l'angle: «Un monde dominé par l'Europe, empires coloniaux, échanges commerciaux, traites négrières», le nouveau public scolaire retrouvera sa «self-esteem», l'ancien perdra son arrogance et tous les problèmes seront réglés. L'école des savoirs cède ainsi la place à l'école de la thérapie par le mensonge.

Manuel Valls dans le mensuel L'Œil estime que la culture et la gauche sont consubstantielles. Il recommande l'installation de cours d'improvisation à l'école «à la Jamel Debbouze». Faut-il adapter la culture aux goûts et aux désirs de la jeunesse ?
 
«Ce qui est désirable, disait Hegel, est inversement proportionnel à la proximité dans laquelle il se tient et qui le relie à nous. La jeunesse se représente comme une chance de quitter son chez-soi et d'habiter, avec Robinson, une île lointaine.» Cette chance, l'école contemporaine la lui refuse. Ceux-là mêmes qui professent avec ostentation le culte de l'Autre combattent sous le nom d'ennui ce grand dépaysement qu'est la fréquentation des chefs-d'œuvre du passé. Pour eux, l'humanisme est mort: on n'a pas besoin, pour accéder à soi-même, de faire un détour par les signes d'humanité déposés dans les œuvres de culture ; on se connaît par intuition immédiate. Plutôt que d'aller voir chez les morts ce qu'il en est de la vie, on demandera donc aux élèves de mettre la leur en scène.

Que peuvent encore dire à notre temps Racine, Baudelaire ou Mauriac? Quand la connaissance est accessible en un «clic», l'idée de transmission n'appartient-elle pas au passé ?
 
Ce que peuvent dire à notre temps Racine, Baudelaire ou Mauriac c'est qu'il y a autre chose que lui-même: d'autres mots, d'autres formes, d'autres visages. Ce temps qui se prétend si ouvert ne veut rien savoir. Allergique à l'altérité, il ordonne aux enseignants de choisir des «problématiques» proches des élèves.
«Être jeune, écrivait justement François Mauriac, c'est être épié, c'est entendre autour de soi craquer les branches.» Les jeunes d'aujourd'hui sont épiés sans trêve. On guette leur moindre démangeaison. On va au devant de toutes leurs convoitises. Il y avait un lieu autrefois où ils pouvaient échapper à ce destin, se quitter et, pour le dire avec les mots de Hegel, «rechercher la profondeur dans la figure de l'éloignement». Cette école n'existe plus.

Beaucoup de professeurs s'opposent à cette réforme. Comment expliquez le décalage entre ceux qui enseignent dans les classes et les théoriciens de l'éducation que l'on qualifie souvent de «pédagogistes» ?
 
La désintellectualisation du métier de professeur dont témoigne, entre autres, l'abandon progressif du cours magistral, blesse au plus intime d'eux-mêmes ceux qui se conçoivent encore comme les représentants «des poètes et des artistes, des philosophes et des savants, des hommes qui ont fait et qui maintiennent l'humanité». Cette formule, empruntée à Péguy, est emphatique, mais l'heure est grave et réclame qu'on monte sur ses grands chevaux.
(1) Voir Marie-Claude Blais, «Au principe de la République,le cas Renouvier», Gallimard.

lundi 11 mai 2015

Robert Ménard face au peloton de la gauche et de l'UMP


Par Christian Vanneste


Faut-il en pleurer ? Faut-il en rire ? Le jour même où l’immense majorité de l’Assemblée, gauche et « droite » confondues, vote une loi liberticide qui permet l’espionnage administratif des Français, le président de la République, de Riyad, avec en fond un drapeau saoudien, peu suspect de symboliser la tolérance religieuse et encore moins républicaine, donne une leçon sur les principes de la République au maire de Béziers, Robert Ménard.

Cette situation grotesque est révélatrice de la mixture qui est déversée jour après jour sur la tête des Français en ersatz d’information. Où notre médiocratie de politiciens et de journaleux foncièrement bêtes et méchants se plaît aux lynchages et aux exécutions sans jugement, où la mauvaise foi fondée sur les préjugés idéologiques et l’absence de travail conduit les mêmes à prendre les Français pour des imbéciles. Dans les deux hypothèses, l’intelligence des dirigeants ou des dirigés fait problème. La synthèse est évidente : le microcosme qui entend nous conduire est assez stupide pour croire que les Français le sont.

Le procédé éculé est toujours le même. Une phrase sortie de son contexte va servir de détonateur. Un mot va condenser l’horreur de la pensée et aimanter les indignations et les condamnations. Ici, c’est le mot « fiche », dérivé en fichier, puis noirci en fichage. Peu importe qu’il n’ait pas été employé. Le glissement sémantique va transmuter une évidence banale en blasphème absolu. Comme la calomnie du Barbier de Séville, la dénonciation va s’amplifier d’heure en heure jusqu’à traîner l’accusé à la une de l’information où les commissaires politiques et les inquisiteurs le déclarent déjà coupable et condamné.

La meute excitée aura tout le jour aboyé autour de la proie, les uns proclamant les valeurs de la République ternies par le crime, les autres hurlant aux jours sombres de notre Histoire, d’autres encore annonçant déjà le châtiment, la révocation du maire indigne. Le préfet, le procureur de la République, la rectrice se mobilisent à l’appel du Premier ministre, saisissant l’occasion de remettre le racisme au centre du débat et de faire oublier les trois années calamiteuses du règne de la gauche. La police fouille la mairie de Béziers, ainsi stigmatisée. La CNIL et le Défenseur des droits sont saisis. Une enquête est ouverte. Mais la « journaliste » Pulvar affirme déjà que la condamnation est « unanime ».

Le maire de Béziers s’inquiète de la proportion d’élèves musulmans dans les écoles municipales. Cette donnée est révélée par les prénoms. Elle n’est nullement utilisée pour stigmatiser, mais pour savoir. Eh bien, en France, il est interdit de procéder à des statistiques fondées sur l’origine ou la confession des gens. Cette censure a l’intelligence de l’autruche ou l’hypocrisie du serpent.

Ne soyons pas naïfs au point de croire qu’il s’agit de l’ouverture d’un débat. Non ! Il s’agit d’une tentative d’exécution d’un opposant de stature nationale, et à travers lui de l’attaque d’un parti qui perturbe le jeu politique et peut contrarier bien des carrières, bref d’une basse manœuvre politicienne. Le peloton réunit les mercenaires habituels de la gauche comme de l’UMP. Ils ont les mêmes intérêts. Ils travaillent aussi peu les uns que les autres, mais savent quand même répéter une leçon dont le contenu appartient davantage au réflexe qu’à la réflexion.

Le coupable, c’est Ménard, le pelé, le galeux, qui contamine notre pays avec sa peste raciste. Il faut donc que le rectorat, qui ferait mieux de s’intéresser aux pédophiles présents dans le corps enseignant, la justice et la police, qui semblent avoir eu quelques difficultés à mettre hors d’état de nuire des islamistes « fichés », s’occupent prioritairement de lui. Pour avoir subi le même processus fondé sur l’ignorance ou la volonté de tromper l’opinion en desservant l’intérêt du pays, je souhaite qu’à force d’être rejouée, cette farce finisse par lasser les Français et leur ouvre les yeux sur l’état pitoyable de notre démocratie.

 Christian Vanneste

jeudi 7 mai 2015

Messi


 Imaginons que Lionel Messi et Ibrahimovic soient peintres. 

Messi serait Michel - Ange....
.... et Ibrahimovic serait lui, un peintre en bâtiment.

samedi 2 mai 2015

" LE MAG "




« LE MAG » voilà bien le titre falot à l’image du maire, d’un huit pages dont le rédactionnel dispute à la maquette la suprématie de la médiocrité et  où s’affiche à chaque numéro le désert culturel dans notre commune et ce mois-ci la désinformation sur la situation financière de Bihorel, en y faisant côtoyer des chiffres qui n’ont rien de comparable.

Comparaison des carottes et des poireaux n'est pas raison

Puisque la saison est aux économies, la commune pourrait faire celle de cette publication qui n’a d’autre utilité que d’assurer la propagande mensongère d’un maire qui au lieu de se lancer dans un projet de fusion aussi inutile que coûteux, oublia ces dernières années un principe de base : si gouverner c’est prévoir, gérer c’est anticiper et notamment anticiper les baisses des dotations de l’Etat, annoncées depuis belle lurette. 

Aujourd’hui, notre cigale bihorellaise se retrouve fort dépourvue à l’heure de la rigueur budgétaire ! Oui gérer, c’est savoir anticiper. Un manquement du maire ; un de plus…

Facile de baisser de 3% en 2015 ce que l'on a fait exploser les années précédentes (plus 900.000 euros entre 2011 et 2013)

mercredi 29 avril 2015

Exit le latin, entre Jamel Debbouze…



par Renaud Camus

On pourrait dire aussi bien : Le Petit Remplacement et le Grand.
Il y a des lustres que l’In-nocence et moi répétons que la Grande Déculturation était la condition nécessaire du changement de peuple et de civilisation, et que, selon la formule dont je me suis beaucoup servi, un peuple qui connaît ses classiques ne se laisse pas mener sans regimber dans les poubelles de l’Histoire (comme est en train de faire le nôtre).

La suite ICI

lundi 27 avril 2015

Similitudes et traces dans l'Histoire

Souvenirs de Suisse pour Fanfan la Teinture: selfie et doigt d'honneur

"Au fond, comme chef de l’État, deux choses lui avaient manqué: qu'il fût un chef ; qu'il y eût un État."

Charles de Gaulle (Mémoires de guerre) à propos d'Albert Lebrun 

dimanche 26 avril 2015

Aurélie Châtelain



En ce quatrième dimanche de Pâques de l’an de grâce 2015, unis ensemble par une même foi, prions pour l’âme d’Aurélie Châtelain, mère de famille âgée de 31 ans, victime de l’Islam sur le territoire de la fille ainée de l’Église. 

Que son sacrifice réveille nos consciences. 


CD

jeudi 23 avril 2015

Fabrice Luchini et le bateau ivre de l'Éducation nationale





FIGAROVOX/ANALYSE - Pendant que nos gouvernants dépouillent les programmes des grands auteurs, Fabrice Luchini fait un triomphe au théâtre des Mathurins en disant Rimbaud, Baudelaire, Proust et Labiche.



Entre un spectacle d'improvisation et une baignade dans un «milieu aquatique standardisé» Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem devraient aller faire un tour au Théâtre des Mathurins. Depuis des semaines, chaque soir plus de quatre cents personnes se pressent pour entendre un homme seul en scène dire Rimbaud et Labiche, Céline et Proust. Les réservations sont closes jusqu'au mois d'octobre et les demandes de prolongation se succèdent. S'ils parviennent à éteindre leur iPhone, à s'asseoir pendant deux heures ils écouteront un ancien garçon coiffeur qui, par les mots, déploie des paysages, écrit des silences, fixe des vertiges. Fabrice Luchini leur rappellera qu'il a quitté l'école à 14 ans mais que l'aventure de son existence est née d'une découverte: une langue plus vive que le courant d'une onde pure. La Fontaine, Baudelaire, Pascal, Cioran et une pléiade innombrable ont aiguisé son esprit, nourri sa méditation, et fécondé une passion dévorante. Depuis il a fait sienne la maxime de Molière: «plaire et instruire».


Dira-t-il que c'était mieux avant? C'est tout le contraire. Le spectacle commence par une charge de Paul Valéry (nous sommes dans les années 1930) contre l'école qui force les enfants à ânonner Racine en se débarrassant de ce qui en fait la beauté: les assonances, le rythme, la chair du verbe. Valéry cependant ne conseille pas de remplacer les humanités par l'interdisciplinarité ou les travaux en groupe sur le tri sélectif et le développement durable. Il plaide plutôt pour une véritable éducation au goût, aux nuances, à la beauté. Ce trésor mal exploité par nos anciens prend désormais la poussière dans les caves du ministère. En troisième, les programmes de lecture piochent dans les rentrées littéraires les plus récentes, et l'étude approfondie de Bajazet sera bientôt considérée comme humiliante pour l'élément en voie d'apprentissage, cette chose fragile que nous appelions autrefois l'élève. Les disciples de Bourdieu verront dans le succès de Fabrice Luchini une preuve supplémentaire de la reproduction des élites.


Les tenants du «tout est culture» refuseront malgré tout d'établir une hiérarchie entre le savoureux«Cours… Asterixsme»de Jamel Debbouze et les Illuminations de Rimbaud. Ceux qui, en entendant le comédien, sentiront battre en eux le cœur de La Fontaine ou de Baudelaire, se désoleront d'un gigantesque gâchis. Comment une succession de chefs-d'œuvre peuvent ainsi être laissés à l'abandon? Pourquoi refuser de les faire connaître aux Français venus d'ailleurs à qui l'on ne donne qu'une équipe de football pour se sentir des nôtres? Augustin d'Humières professeur en Seine-et-Marne et auteur de Homère et Shakespeare en banlieue (Grasset) le répète suffisamment: le génie souffle où il veut. Dans les quartiers chics comme dans les cités. Luchini raconte qu'il a eu l'idée de ce spectacle après avoir récité Le Bateau ivre dans un taxi. Son chauffeur lui aurait lâché: «C'est magnifique, mais je n'ai rien compris.»«Moi, non plus, lui a répondu le comédien, mais là n'est pas l'important.» L'important en effet était de faire vibrer quelques minutes les êtres et les choses. Rappeler aux hommes qu'ils ont en eux ce que les uns nomment l'esprit, les autres l'âme. Que la culture n'est ni un ornement, ni un snobisme, mais l'oxygène de l'intelligence et du cœur.


Manuel Valls affirme dans une interview au mensuel L'Œil, que la culture est constitutive de la gauche. Il faudrait lui rappeler qu'elle est tout sauf le fruit de l'improvisation. «Il n'y a pas de génération spontanée» dit en substance Roland Barthes quand il parle des poètes. Rimbaud savait le latin et le grec à 14 ans. Il connaissait suffisamment Hugo et Musset pour les mépriser à 16 et jugeait à 17 Baudelaire «un peu mesquin» dans sa forme. Le feu de son génie monte cependant de braises anciennes, celle du travail, de l'effort, de la discipline, de la sélection. Ces vertus que Luchini a éprouvées aux côtés de ses maîtres Jean-Laurent Cochet ou Michel Bouquet. Depuis, l'élève est devenu l'un des leurs et donne à son tour ce qu'il a reçu. Quand il improvise, c'est prodigieux. Il n'est pas professeur, le Théâtre des Mathurins n'est pas une salle de classe, mais toutes les générations viennent y chercher ce que le pédagogisme s'acharne à enfouir et peut-être même à détruire: leur héritage.


Vincent Tremolet de Villers (rédacteur en chef des pages Débats/opinions du Figaro et du FigaroVox).

samedi 4 avril 2015

Abbé Grosjean : «Entre Daech et les Chrétiens d'Orient, la RATP doit choisir»


RATP : une neutralité coupable par Padreblog

FIGAROVOX/TRIBUNE - Au nom de la laïcité, la RATP a exigé le retrait de la mention «au profit des Chrétiens d'Orient» sur des affiches promotionnelles placardées dans le métro. Pour l'abbé Grosjean, cette neutralité devient une complicité avec ceux qui massacrent.

L'abbé Pierre-Hervé Grosjean, curé de Saint Cyr l'Ecole, est Secrétaire Général de la Commission «Ethique et Politique» du Diocèse de Versailles. Il a récement publié Aimer en vérité (Artège, 2014). Il est l'un des animateurs du Padreblog.

En pleine semaine sainte, la polémique ne pouvait passer inaperçue. Mgr Di Falco a révélé que la RATP avait exigé que soient retirées des affiches annonçant le prochain concert du groupe «Les Prêtres» la mention «au profit des Chrétiens d'Orient». Aux premières demandes d'explication, le groupe répond par le principe de «laïcité».  La bêtise de l'argument va jusqu'à mettre en colère le député Joël Giraud, dont le Parti Radical de Gauche est pourtant connu pour sa vision souvent restrictive de la laïcité. Ce député vient au secours de son évêque en dénonçant une décision de la RATP qui relève selon lui d'un véritable «intégrisme laïc».
Les réseaux sociaux s'enflamment, et la RATP promet une nouvelle réaction, en lien avec sa régie publicitaire Metrobus. Cette nouvelle réaction est encore pire et révèle au choix une ignorance crasse de la situation ou un mépris incroyable des minorités persécutées dont il est question.
Si la RATP a exigé que soit supprimée la mention des Chrétiens d'Orient, c'est parce que «la RATP et sa régie publicitaire ne peuvent prendre parti dans un conflit de quelque nature qu'il soit» selon leur communiqué commun. «Toute atteinte à ce principe ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire». Annoncer que ce concert était offert au profit de ces chrétiens d'Orient est «une information se situant dans le contexte d'un conflit armé à l'étranger et (…) le principe de neutralité du service public qui régit les règles de fonctionnement de l'affichage par Métrobus, trouve en effet dans ce cas à s'appliquer.»
Vous avez bien lu. Pour la RATP, les Chrétiens d'Orient sont juste un camp face à l'autre, un camp pour lequel on ne peut pas prendre parti. Alors que la France, par la voix de Laurent Fabius, se démène à l'ONU pour que cesse le génocide dont sont victimes ces minorités d'Irak et d'ailleurs, alors que le Président de la République a reçu des Chrétiens obligés de fuir leur pays pour ne pas être massacrés par Daesh, la RATP -elle- refuse de choisir. Entre Daesh et ses victimes, elle veut rester «neutre»..
Cette neutralité-là est impossible. Cette neutralité est une complicité avec celui qui massacre, contre l'innocent qui est massacré. Cette neutralité rappelle celle de Pilate et de tous ceux qui l'ont suivi depuis 2000 ans, se lavant les mains des massacres commis, et fermant les yeux sur le sort des victimes, pour ne pas faire de vagues ni perdre leur poste. Cette neutralité est indigne d'un groupe comme la RATP, elle révolte sans aucun doute nombre de ses agents qui ont pleuré avec tous nos compatriotes les victimes de l'horreur terroriste. Cette neutralité-là est une insulte à la France, qui a toujours mis sa fierté à défendre les droits de l'homme, et particulièrement des minorités persécutées, partout dans le monde. Plutôt que de reconnaître humblement et simplement une erreur d'appréciation, la RATP s'enfonce et finit par justifier l'injustifiable. Quel aveuglement et quelle mépris a-t-il fallu à celui qui a donné l'ordre de rayer de l'affiche cette mention des Chrétiens d'Orient! Et à ceux qui ont rédigé ce communiqué? Pensaient-ils faire taire la voix des persécutés, réduire au silence la communauté chrétienne, et au delà des Chrétiens, tous ceux qui sont émus par le sort des minorités martyrisées en Orient, en invoquant le principe de «neutralité»?
Je repense à la supplication des Chrétiens réfugiés rencontrés à Erbil en Irak, en accompagnant Mgr Barbarin qui venait les visiter et les soutenir. «Ne nous oubliez pas!» disaient-ils aux français. «Ne nous effacez pas!» sera leur nouveau cri du cœur, en apprenant cette histoire qui nous fait honte.
Pierre Mongin, président de la RATP, se retrouve ce jour devant trois questions auxquelles il doit répondre pour faire cesser le trouble:
-valide-t-il ce communiqué ou reconnaît-il une erreur bien regrettable mais du coup pardonnable?
-pense-t-il qu'on puisse être «neutre» devant le massacre des chrétiens persécutés? Entre Daesh et ses victimes, la RATP peut-elle revendiquer un principe de neutralité?
-serait-ce le mot «chrétiens» qui gêne certains, comme pourrait le laisser penser, dans un premier temps, le recours à l'argument de la laïcité?
Il faut espérer qu'il aura à cœur de nous rassurer et de réparer ce scandale, avant qu'il ternisse pour nous tous la joie de Pâques! 

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

L'affiche interdite

jeudi 2 avril 2015

Charmes-sur-Moselle, Jeudi Saint 1912

Colline de Sion
L'âme de Léopold délivrée revient-elle sur la sainte colline, voltige-t-elle autour de ces murs où, pendant un demi-siècle, il crut entendre un appel , et parmi ces landes pleines pour lui d'étranges merveilles ? Personne, aucun berger, nul pèlerin attardé, fût-ce par les temps de ténèbres et de tempête, n'a croisé sur la haute prairie les fantômes de Léopold, de Thérèse, de la Noire Marie, de François, de Quinrin. De leurs tertres décriés, la croix plantée en grande pitié a disparu. Dans le cimetière, contre l'église, je n'ai ramassé au milieu des orties, qu'un débris d'ardoise qui porte leur nom. Mais là-haut, on respire toujours l'esprit qui créa les Baillard.
Aujourd'hui, jour de jeudi saint, ce long récit terminé, je suis monté sur la colline. Dans le lointain, la longue ligne des Vosges était recouverte de neige, et de là-bas venait un air froid qui, sous le soleil, glaçait les tempes. Nulle feuille encore sur les arbres, sinon quelques débris desséchés de l'automne, et c'est à peine si les bourgeons çà et là se formaient. Pourtant des oiseaux se risquaient, essayaient, moins que des chansons, deux, trois notes, comme des musiciens arrivés en avance à l'orchestre. La terre noire, grasse et profondément détrempée par un abondant hivers, semblait toute prête et n'attendre que le signal. Ce n'est pas encore le printemps, mais tout l'annonce. Une fois de plus, la nature va s'élancer dans le cycle des quatre saisons ; le Dieu va ressusciter ; le cirque éternel se rouvre. 
Combien de fois me sera-t-il donné de tourner dans ce cercle qui, moi disparu, continuera infatigablement ?
Maurice Barrès - La Colline Inspirée - page 416